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Ici on parle du corps et des ses signaux, de relations entre femmes, un peu de développement personnel et peut-être pas vraiment de yoga… enfin oui car avant le TTC je ne le savais pas mais le yoga c’est aussi tout ça.

Comme vous le savez cette expérience était un challenge énorme pour moi de par mon passé de douleurs avec l’endométriose, qui depuis longtemps m’empêchait d’avoir une activité physique régulière. Que ce soit fitness ou encore yoga, dès que je progressais j’étais obligée de m’arrêter soit pour des douleurs ou alors une opération qui me mettait au repos forcé pour plusieurs semaines voire mois.

Alors depuis ma dernière opération il y a deux ans j’ai enfin pu découvrir le plaisir d’avoir une régularité, de bouger, d’évoluer dans ma pratique même si il était difficile de par mon travail énergivore à horaires fous tout comme par mon souci d’économies pour réaliser ce voyage de suivre des cours de yoga de manière aussi intense que je l’aurais souhaité. Ce voyage, l’occasion de trouver mon équilibre et de vivre dans mon corps en lâchant ma tête.

Mais ma tête a souvent, très souvent, trop souvent le dessus.. alors, à l’aube de ce voyage et en faisant la liste de ce que je souhaitais réaliser, j’ai écris… aller au bout d un Yoga Teacher Training.

Challenge par rapport à mon passé d’endogirl, challenge par rapport à mon côté « c’est pas pour moi et j’abandonne si je ne suis pas tout de suite la meilleur » car clairement je ne le serai pas… et je ne le suis toujours pas; challenge dans le fait de faire confiance à mon corps pour arriver au bout de cet intense « entraînement »; challenge de faire une formation en anglais avec tant de notions d’anatomie; challenge aussi car il y a une année c’était mon poignet qui avait lâché et que je sens encore parfois.

Mais… le plus gros challenge était finalement celui de l’écoute des signes de mon corps… déceler à quel moment il dit stop et me montre que c’est trop, vraiment trop… ou déceler à quel moment ce « trop d’écoute » qui me rend attentive au moindre signe d’inconfort ou de douleurs me fait peut-être arrêter trop tôt… trop tôt par peur que ce ne soit trop tard, trop tôt par excuse car je ne suis pas la meilleure et du coup une blessure est un bon moyen de le justifier, trop tôt par confort? Ce sont les principales questions que je me posais à l’aube de cette expérience.

Je me répète un peu pour celles qui l’ont déjà lu dans mon article précédent mais je le réécris car je pense que nous sommes beaucoup dans ce cas-là et puis parce que cela me fait du bien de poser des mots sur ce que j’ai vécu.

Alors ce TTC, à Samma Karuna, Koh Phangan en Thaïlande : 200 heures, 6 jours sur 7, 4 heures de pratique par jour, et 8 heures de théorie, méditation, examens entre autre. Une dizaine de professeurs dont 2 « lead Teacher » mais aussi 19 femmes avec lesquelles partager cette expérience..

Première réaction : oh nooon 19 femmes… mais… ils sont où les hommes? et l’équilibre dans tout ça? Le plus drôle on a toutes eu la même réaction! Participantes comme professeurs redoutaient un peu ce trop d’hormones féminines et pourtant…

Pourtant ce fût une expérience incroyable, comme à chaque fois je pense que cela n’était pas un hasard que la vie nous ait rassemblé… 19 femmes, 15 nationalités, âgées de 20 à 50 ans et quelles femmes, que ce soit les plus jeunes ou les plus âgées chacune avait une histoire douloureuse ou extraordinaire. Au fil du temps nous avons appris à nous connaître, nous soutenir et découvrir le passé de chacune et à chaque fois une admiration sans limite!

Un amour infini : pour la plus âgée, qui a perdu un enfant, pour cette autre qui quittée par son mari alors qu’elle était enceinte de 5 mois a perdu le bébé le lendemain, pour cette autre qui a vaincu un cancer il y a à peine une année, pour cette autre qui a divorcé le mois passé et tout quitté, pour celle encore qui soutient un conjoint dépressif et suicidaire et a peur chaque jour car elle l’a laissé derrière elle pour un mois, ou encore celle qui a vécu une incroyable maltraitance toute son enfance. Il y a encore cette femme extraordinaire qui voyage à vélo depuis 4 ans, celle qui a tout quitté pour s’occuper des chiens errants d’Asie du sud-est et celle qui nous a toutes bouleversé, celle qui a 28 ans a perdu son mari il y a 3 mois. Alors ce TTC c’était cela et que cela, des moments d’échanges, de pleurs, de câlins, de danse improvisée, de rires et…. incroyable car nous n’étions que des femmes : zéro compétition, zéro gossips, zéro jugement… du soutien, de la bienveillance et juste devenir meilleures et grandir toutes ensemble.

 

 

Et mon corps? et bien mon corps finalement il a très bien géré cela et ça me fait drôle de l’écrire car ce n’est pas le sentiment global que j’ai eu pendant que je vivais mon TTC. Comme vous le savez en ce qui concerne l’endo et mes règles.. toujours zéro symptômes et zéro douleurs.. et puis comme on aborde ce sujet, j’ai eu la chance d’avoir des profs très à l’écoute qui nous poussait à être attentifs à tous nos signes physiques, à nous arrêter si besoin car finalement, rester assises et regarder un cours c’est apprendre aussi. Ces mêmes profs qui nous ont annoncé la couleur dès le premier jour : interdiction (oui vous avez bien lu) de pratiquer le premier jour de nos règles dixit Eleonora notre prof qui (ce sont ces mots ) s’auto-proclamait « nazi-yogi » cela veut tout dire… on devait exécuter et sans droit de réponse (un prochain paragraphe..) alors ces mots « vous êtes 19 femmes, cela veut dire que 1 fois minimum durant ce training l une de vous sera assise et prendra des notes pendant que les autres pratiqueront. Et ça c’était chouette, apprendre à celles qui n’y arrive pas à ralentir, nous apprendre également à transmettre les postures qui ne devraient pas être exécutées pendant les règles comme les torsions et les inversion, apprendre des alternatives pour ces jours-là.. et voir presque chaque jour pendant un mois, l’une de nous s’asseoir et se reposer à son rythme sans avoir besoin de se justifier.

 

 

Comme cela touche au sujet féminin et au développement personnel qui est un sujet qui je le sais vous plaît, je vais faire une grosse parenthèse Eleonora, ma professeur yogi-nazi. C’était un drôle de binôme que celui de nos deux lead teachers : Keith, un yogi très carré dans sa pratique, très créatif, à l’écoute, sensible et doux : Mr Yin. Keith, un new-yorkais, celui qui nous a fait écrire une lettre à nous-même futur prof de yoga le premier jour ; Keith qui nous parlait de la Lune, de la loi d’attraction et de ce que le yoga pouvait amener de bon pour le monde. Et puis Eleonora, Mrs Yang, une brindille, pleine d’énergie, une italo-espagnole qui parle fort, boit son café avec ses lunettes de soleil en début de cours, pratique l’asthanga depuis des années, consacre sa vie au yoga de manière intensive et sportive mais qui est également passionnée de l’histoire et philosophie du yoga et si attentive à transmettre ces savoirs de manière traditionnelle.

 

 

Eleonora, une prof avec qui cela ne passait pas.. et pour plusieurs d’entre nous.. le genre de prof à qui on ne peut poser de questions sans être renvoyé à trouver soi-même la réponse ou alors rabroué vertement. Une prof exigeante avec qui j’ai toutefois beaucoup appris, une femme que j’ai décelée sensible mais avec une carapace énorme et qui malheureusement ne se remet pas en question. Mais.. il y a un mais… et je ne veux pas revenir sur les exemples ni lui faire un procès, juste vous expliquer ce processus qui a eu lieu pour moi durant ces quatre semaines à côtoyer une femme comme Eleonora. Depuis plusieurs années, j’ai appris à travailler sur moi, mes réactions parfois impulsives, mes aversions pour certaines personnes, creuser ce qui me touche, apprendre à respirer, prendre du recul, ne pas prendre les choses personnellement et donc, c’est ce que j’ai appliqué au fil des jours, observer ce que ses paroles ou actes envers moi ou une autre déclenchent ou touchent. Essayer de comprendre ce qui chez elle active un effet miroir chez moi et oui il y a de ça… ce côté parfois cassant avec ceux qui ne captent pas vite… je n’aime pas ça chez elle car je n’aime pas ça chez moi… ce côté je me montre super extra forte alors que je me sens toute petite et que j’aimerais juste qu’on m’écoute et me protège, ça je reconnais aussi… Mais certains événements ont dépassé les limites et c’était difficile de voir chaque jour l’une de nous blessée et en larmes à cause de la même personne.

Alors merci mes copines de TTC avec qui on a pu un peu « dépatouiller » tout ça… et merci aussi à mes copines Héloïse et Sarah pour leur écoute bienveillante lorsque je me questionnais et leur décrivais ces situations… qui débouchent sur une leçon… oui… travailler sur soi est important, oui être à l’écoute de l’autre, percevoir ses « faiblesses », les tolérer, essayer de voir ce que cela nous renvoie comme émotions ou comme réactions à peut-être travailler, mais… et cela c’est important et j’en suis désolée pour elle, certaines personnes ne sont juste pas bonnes à côtoyer, nous envoie de mauvaises énergies, rabaissent pour se valoriser, n’ont pas envie de se remettre en question et après avoir fais un bout de chemin pour aller à leur rencontre, à notre rencontre et ouvrir la porte… et bien parfois, ces personnes-là il faut juste réaliser que ce n’est pas le moment, que la différence est trop forte, que cette différence est énergivore et alors…. s’en éloigner. C’était une de mes principales leçons alors je remercie cette femme pour toutes ces questions mais également pour tout ce qu’elle m’a appris car elle m’a appris beaucoup au niveau « pratique » du yoga mais (et oui là vous découvrez mon côté dur) je la remercie aussi de m’avoir montré quelle femme et quelle professeur de yoga je n’ai pas envie d’être. Nos chemins se sons quittés et moi je continue sur celui de la douceur et de la bienveillance envers l’autre et pour elle, un seul souhait c’est qu’elle prenne également ce chemin et en premier lieu vis-à-vis d’elle-même.


Et sinon, revenons à ce qui nous importe en premier lieu : à ce corps qu’il faut écouter. Car même si comme je vous l’ai dit mon corps a plutôt bien géré cette intense expérience, après une dizaine de jours, mon omoplate gauche a commencé à me faire souffrir; d’abord un peu, puis de plus en plus.. J’ai appris à être attentive aux signaux donnés par mon ventre, mes ovaires et autres parties féminines mais là… les habitudes reprennent le dessus.. je n’écoute pas.. et entre à nouveau dans ce rapport de force avec moi-même : si je ne peux plus pratiquer c’est un échec et je dois réussir à aller jusqu’au bout de ce challenge.

Alors… je continue encore et encore. Des fois j’arrête un cours, une journée pour reposer mon dos et mon épaule puis je reprends. Je me tartine d’huile essentielle de Gaulthérie et de baume du tigre, et cours me faire masser durant mes pauses ; je vois aussi un osthéo. Le verdict de l’osthéo : il n’y a rien à la base mais.. 4 heures de yoga par jour c’est trop et c’est tout.. je suis trop tendue, je me crispe et j’en fais trop. Ok ça je sais que ce n’est pas naturel et que c’est trop mais je l’ai choisi, c’est le jeu et il me reste.. 2 semaines alors je vais prendre soin de moi un maximum et continuer… Mais. après quelques jours c’est mon poignet qui commence à faire mal. Et là je flippe.. j’en parle avec la fameuse Eleonora qui m’envoie bouler (non pardon elle me dit d’aller me faire masser puis de m arrêter 2 jours). Je ne l’écoute pas et en parle avec Keith; autre approche, il me demande de faire certaines postures lentement afin de voir comment je me fais mal vu que cela n’arrivait pas le mois d’avant… c’est parti pour plusieurs séries du fameux Caturanga puis en connaissant mon histoire : rien de « faux » mais.. en voulant protéger mon poignet droit je force trop sur mon épaule gauche depuis plusieurs semaines et puis effet boule de neige, comme maintenant j’essaie de continuer sans écouter : afin de protéger maintenant mon dos et mon épaule et bien je mets plus de force sur mes poignets; finalement même conseil que le précédent mais sous une autre forme et avec plus d’intérêt pour l’autre : s’arrêter un peu.

Le lendemain matin alors que je regarde mon planning essayant de trouver le meilleur créneau pour un massage, je reçois un message clair de mon corps qui me dit, presque en colère : stop, arrête tout ça j’en ai marre. Alors je respire et puis je pleure, beaucoup, je mets un jogging (oui il pleut) puis je me change et enfile un legging me disant que je peux faire la moitié du cours.. puis je me change à nouveau.. bataille entre ce que je sens, ce que je sais, ce que je veux ni sentir ni savoir. Cette bataille je l’ai tant vécue.. j’ai mal mais je peux quand même un peu, juste un peu ou juste les sitting postures car je ne suis pas à l’article de la mort… et le plus difficile j’ai de l’énergie et l’envie… et puis si je ne le fais pas je me déçois, je me sens nulle, inutile mais en même temps si je ne le fais pas je me sens quand même un peu fière, fière d’arriver enfin à m’écouter. J’arrive à l’école confiante dans mon choix de ne pas participer aux cours de yoga du jour et même des trois prochains jours afin de reposer mon corps qui crie de douleur maintenant vraiment. Et puis, une de mes copines de TTC arrive en même temps dans le parking et me demande comment ça va et là je fonds en larmes… je relâche tout, lui explique et après un gros hug on en rigole car finalement c’est un peu ridicule et pas important comme problème mais cette bataille je la connais tellement bien et je souffre de revivre encore et encore ces mêmes pensées et ce même fonctionnement.

Je me rappelle le nombre incalculable de fois où malade, que ce soit douleurs d’endométriose, fièvre, grippe, gastro, je me lève, m’habille, me déshabille, me recouche et recommence ce cirque là trois ou quatre fois avant de parfois partir travailler dans un état déplorable ou alors prendre le téléphone pour annoncer que je ne viendrais pas avec un sentiment énorme de culpabilité. Alors ce sentiment de fierté de s’écouter il commence seulement à poindre le bout de son nez.. et… et j’ai réussi.. j’ai passé 4 jours de mon TTC à la suite loin du tapis en tout sur un mois je pense avoir fait cela 7 jours et avec recul j’en suis très fière et c’est cela finalement la plus belle réussite de cette expérience : avoir réussi à m’écouter et surtout surtout pouvoir à l’heure où j’écris retourner sur le tapis sans douleurs ni à l’omoplate ni au poignet. Bon puis aussi car comme on dit chez moi « on se refait pas » j’ai eu les meilleurs résultats aux examens théoriques parce que.. il fallait bien compenser ;)))Et parce que j’ai été si attentive à la théorie et philosophie, avant d’aborder certainement plus tard dans ce blog des aspects du yoga qui me tiennent à coeur je tiens juste à vous faire part du principal apprentissage : les asanas ou postures ne viennent qu’en troisième position dans la pratique. Les deux premiers principes à appliquer pour être yogi sont : des codes de conduites liés à la société puis ceux liés à soi-même et donc, le premier des touts premier apprentissage du yoga est le suivant : il s’agit de Ahimsa, la non-violence; non-violence à l’égard des autres, à l’égard de soi-même et de son corps… alors oui dans ce TTC j’ai bien travaillé cette base là!

Merci pour votre lecture et j’espère de tout coeur que cela vous aidera à vous sentir moins seule dans ces moments, à prendre votre téléphone pour appeler votre travail quand vous êtes malades ou vous avez mal; à vous reposer quand vous en ressentez le besoin ou même l’envie; à écouter enfin votre corps quand il vous murmure que c’est trop avant qu’il ait besoin de crier pour se faire entendre.

 

Join the discussion 4 Comments

  • Mirabelle Brasseur dit :

    Je suis émue aux larmes, merci de partager cette histoire dans laquelle je me reconnais trop bien 🙂

    • Peggy Favez dit :

      Ohlala… jolie émotion et un petit caillou de moins dans ton corps 😉 finalement on se reconnaît toutes dans les histoires et fonctionnements les unes des autres.. je serai curieuse d’en savoir plus n’hésite pas à partager ici ou par mail 🙂 Bisous

  • Marie dit :

    Superbe article ! Merci pour ton touchant retour d’expérience. Ca fait du bien de s’identifier à cette lutte que tu relates avec une clarté qui m’éclaire. J’espère que tu vas bien.

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