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Aujourd’hui j’ai envie de te parler de l’image que l’on a de notre corps et des critères de beauté ou de normalité que l’on s’est fixe. Comment je me vois, comment tu te vois, comment l’on se voit?

On? Oui, « on » est vaste, il s’agit de moi, de toi, de ta culture, de ton entourage, de la société, des médias. Plus c’est vaste, plus c’est compliqué car ça englobe tellement de paramètres, d’attentes, de « règles », de codes que finalement qu’est-ce que ça veut dire sinon que l’on peut se demander ce qu’est un corps?

Car avant tout, notre corps c’est de la matière qui nous permet nous incarner et de vivre sur cette terre les expérience que l’on a à vivre. Ce corps nous permet de bouger, de respirer. Ce corps qui fonctionne le plus souvent à la perfection même si parfois il déraille un peu. Ce corps qui telle une machine si sophistiquée nous soutient au quotidien du mieux qu’il le peut.

Et puis ce corps, ce corps qui devrait être. Qui devrait être quoi? alors là ça dépend des cultures mais ce corps qui dans notre culture occidentale devrait être : mince, musclé juste ce qu’il faut, tonique, bronzé, sans poils, symétrique. Ce corps qui devrait donner envie. Mais à qui et pourquoi?

Ce corps dont la plupart d’entre nous ne sont jamais totalement satisfait. J’ai assisté à un workshop récemment au cours duquel chacune des participantes devait dire ce qu’elle n’aimait pas chez elle, puis ce qu’elle aimait. Et bien sûr même si au premier abord je me suis dit, c’est plutôt chouette j’ai appris à bien m’aimer et m’accepter et j’aime tout, et bien en fermant les yeux et me prêtant au jeu j’ai quand même fait également ma petite liste des choses que je pourrais changer pour être plus satisfaite (promis tu vas le savoir). Et puis en regardant les deux femmes qui se prêtaient à cet exercice j’ai souri. Souri car je les trouvais magnifiques, souri car les particularités qu’elles citaient étaient ce qui les rendait uniques et belles. Souri car je me suis dit que lorsque c’était mon tour elles avaient sûrement le même sourire amusé. Incroyable aussi, lorsqu’on a dû dire les parties du corps que l’on aimait chez nous, un malaise est arrivé, a-t-on vraiment le droit de s’aimer et de le dire?

Oui c’est compliqué, on « doit » correspondre à une norme de beauté que la société fixe et que donc nous nous fixons. On « doit » atténuer nos défauts, les corriger ou bien mieux les accepter. Mais on « doit » aussi être modeste, ne pas dire qu’on aime nos seins, notre peau, nos yeux, nos cheveux, notre ventre, nos jambes etc.. car malheureusement dans cette même société cela ne se fait pas. Et oui j’aime tout ça chez moi.

J’écris et je ne sais qu’en penser? J’écris en Asie, à Koh Phangan, où vit également une communauté qui se dit spirituelle et bienveillante où l’on parle constamment d’acceptation de l’autre, que nous sommes tous beaux, amour, frères et soeurs et autres « hippiseries ». Alors pourquoi dans cette même communauté y-a-t-il autant d’artifices? pourquoi retrouve-t-on autant de codes de beauté et vestimentaires? Pourquoi ce bronzage, ces torses imberbes aux plaques de chocolat, pourquoi tous ces bijoux, ces plumes, ces mêmes codes qui dévoilent subtilement ce qui doit l’être, pourquoi autant de « perfection » physique chez les femmes qui m’entourent? pourquoi est-ce que je ressens les mêmes regards des femmes entre elles que lorsque je suis au centre-ville de Genève et de Paris?

Ces codes sont durs, ils nous font perdre du temps, de l’argent, de réelles relations en plus de nous faire perdre confiance en nous et de faire perdre de la valeur à ce que notre corps est vraiment.

C’est peut-être facile à dire me diras-tu quand on est née avec un physique plutôt avantageux, qu’on ne prend pas de poids, et qu’on paraît dix ans de moins sans efforts particuliers. Mais encore une fois cet avantage physique c’est selon qui? selon quoi?

Et puis je vais peut-être choquer certains mais c’est une réalité aussi. Quand on correspond plus que moins à une certaine norme, apparaissent d’autres questions, la question des relations aux autres, que ce soit entre femmes ou également le regard des hommes. Apparaissent avec cette relation aux autres en rapport à notre corps les questions de valeur personnelle et d’estime de soi qui nous font douter de ce que l’autre perçoit. On a tellement envie que l’on nous voie comme une fille intelligente, intéressante et sympa plutôt que juste jolie. En rapport aux hommes, vient la notion de danger qui existe bien-sûr pour toutes les femmes et qui est propre au comportement de l’homme. Mais, même si on ne devrait pas avoir à s’en soucier, c’est une réalité également, que certaines de nous peuvent vivre et qui peut influencer la manière dont on s’habille ou dévoile son corps pour ne pas « en faire trop » ni « attirer les regards ». Oui celle-là je l’ai entendue souvent. « pourquoi tu t’arrêtes pas connasse quand je te siffle, tu penses que t’es trop bonne pour moi c’est ça? » et bien non je ne m’arrête pas car comme toutes les autres femmes qui croisent ton chemin tu me fais peur et je préfère m’éteindre un peu pour que tu ne me voies pas et ne m’agresse pas.

C’est une réalité également que je vis quand je poste une photo de moi en maillot de bain. J’ai envie d’être libre de le faire et de m’en foutre car si cette photo existe c’est car je me suis baignée sur une plage ainsi devant des inconnus et pas par envie de me montrer, parce que justement je sais que pour certains cela peut être pris pour du narcissisme et que je vais m’attirer les foudres de certaines femmes ou les regards que je ne souhaite pas de certains hommes. Mais si l’important dans tout cela ce n’était pas le regard des autres mais simplement le regard que l’on porte sur notre corps, notre individualité que l’on peut ou non dévoiler?

J’écris pour comprendre aussi, pour me comprendre car tout comme toi, tout comme tout le monde sans exception j’ai mes complexes.

Mon nez et cette bosse souvenir du jour où il s’est brisé, les petites imperfections de ma peau qui pourtant me montre que mon corps est cyclique, que les hormones font leur travail et que mon foie me montrant que je dois le soutenir élimine tant bien que mal les pesticides ingérés au quotidien.

Mes mains qui vieillissent et mes fesses qui ramollissent.

Mes cheveux qui deviennent gris et que je n’assume pas du tout encore. Pourquoi? car je trouve que ça fait négligé. Et pourquoi cela serait négligé si on les lave et qu’on en prend soin? Je ne sais pas honnêtement et c’est une vision, une croyance limitante sur laquelle je vais devoir travailler.

Je me dis souvent aussi que si j’avais continué la pratique de yoga ashtanga cette année j’aurais un corps incroyable aujourd’hui, que mes cuisses ne se toucheraient pas, que j’aurais des fesses en béton, des abdos et pas ce ventre arrondi et douillet. Que j’ai été paresseuse et ai choisi la facilité. Et pourtant, j’ai eu la chance de rencontrer sur mon chemin Tina Nance, une prof de yoga centrée sur la conscience de soi et du corps qui m’a permis de lâcher ce rapport au résultat et revenir à moi dans le moment présent, à ce que mon corps me dit et mon corps a besoin de douceur et d’écoute. C’est donc à ça que j’ai dit oui. Et mon ventre, je l’adore malgré son manque de fermeté ou justement pour son manque de fermeté. Je l’adore car il est vivant et me le montre, je l’adore car il a su me parler, je l’adore car c’est mon meilleur messager, je l’adore pour tout ce qu’il a traversé et c’est pour cela que j’ai envie de le traiter avec douceur et confort.

J’ai envie de te proposer cet exercice que tu peux partager ici ou ailleurs, ce que tu aimes chez toi et ce que tu n’aimes pas et essayer d’y mettre un peu de perspective mais surtout surtout, beaucoup d’amour.

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