Est-ce une illusion de penser qu’on peut se libérer des traumas ou est-ce une réalité possible à court terme? J’ai eu envie d’explorer ce sujet.
Le mot « trauma » est omniprésent dans nos conversations modernes et de nombreux livres, thérapies, pratiques promettent une « libération » parfois miraculeuse et souvent onéreuse. Comme j’ai vu de tout dans les milieux de développement personnel et du yoga, j’ai suivi une formation « Trauma informed » qui me semblait nécessaires pour accompagner au mieux les femmes pendant mes cours de Yin Yoga et les cercles de femmes.
Mon expérience m’a appris qu’il est plus important de construire une base solide de sécurité que de « libérer ». Et là je vais vous faire économiser des sous! Je pense également qu’il est capital d’être respectueux de nos protections mentales, émotionnelles et physiques élaborées au fil de nos expériences traumatisantes ainsi que de celles des personnes que l’on côtoie ou que l’on accompagne.
Il est évident que certaines approches promettant des résultats rapides peuvent avoir des éléments bénéfiques, mais il est important d’adopter une approche réaliste et durable afin d’accompagner nos chemins de retour vers la sécurité et l’équilibre avec le plus de finesse possible.
Ces libérations promises sont-elles possibles?
Je ne le pense pas et vous l’avez compris . Méfions-nous des promesses de “libération rapide en une séance” que ce soit de Yin Yoga, constellation, ayahuasca, pratique somatique, breathwork ou autres.
Est-ce que ces libérations promises sont possibles? une libération miracle et rapide serait merveilleuse et je serais pour mais je doute car la vie m’a montré que parfois nos démarches sont des fuites ou des détours.
Il serait donc peut-être plus juste de donner à ce mot « libération » un sens plus symbolique ou progressif, plutôt que comme un état final ou absolu.
Les libérations, petites ou grandes, que j’ai pu vivre et que je reconnais comme possibles, m’ont parfois laissée perméable ou vulnérable. Ces expériences m’ont amené à questionner certains procédés et promesses, bien qu’ils soient souvent proposés avec les meilleures intentions.
Personnellement je préfère ne plus creuser mais m’atteller à travailler la sécurité.
Lire ici l’article de blog : sécurité, la base de la santé féminine
Que faire pour souffrir moins?
Que doit-on faire si nos réactions et nos vies sont imprégnées d’un événement traumatique? Peut-on vraiment se libérer de ses traumas ou s’agit-il davantage d’apprendre à vivre avec ?
Gabor Maté nous partage cette phrase :
« Le traumatisme n’est pas ce qui vous arrive, mais ce qui se produit à l’intérieur de vous à la suite de ce qui vous arrive. »

Le trauma dans le corps : une empreinte durable
Peter Levine dans Réveiller le tigre écrit : Guérir le traumatisme, le trauma n’est pas uniquement lié à un événement passé, mais à une énergie bloquée dans le corps et c’est donc intéressant d’aller regarder de ce côté.
Lorsqu’un événement traumatique se produit, notre corps active un instinct de survie : fuir, combattre, ou se figer. Alors, si cette énergie de survie n’est pas libérée, elle reste emprisonnée dans nos tissus et notre système nerveux.
Dans mes formations de Yin Yoga, Trauma et Yoga thérapeutique on nous répétait également en boucle que souvent cette cristallisation se matérialisait dans les hanches, ces articulations qui nous permettent justement le mouvement d’aller vers l’avant ou reculer.
Le Somatic expérience intervient ici et vous intéressera sûrement. Levine propose des micro-mouvements conscients et une exploration des sensations corporelles pour aider le système nerveux à décharger cette énergie. Cette méthode s’inspire des animaux, qui, après avoir survécu à une attaque, tremblent ou bougent pour retrouver leur équilibre.

La régulation du système nerveux : une approche scientifique
Le trauma perturbe souvent l’équilibre entre le système nerveux sympathique (activation) et parasympathique (relaxation) or c’est un retour aisé à l’équilibre que nous cherchons et non le calme absolu bien que, pour pour un temps il soit nécessaire. Le travail somatique aurait donc pour but d’apaiser les symptômes liés au stress post-traumatique tels que l’hypervigilance, les douleurs chroniques, ou l’anxiété.
Les approches validées par la science :
La respiration consciente :
Des pratiques comme la cohérence cardiaque activent le nerf vague, responsable de la régulation émotionnelle et de la relaxation. Mais aussi une respiration lente réduit les niveaux de cortisol, l’hormone du stress et cela a été démontré par de nombreuses recherches.
L’interoception :
Une conscience accrue des sensations internes nous aide à reconnecter au corps en toute sécurité. Une étude publiée dans le Journal of Traumatic Stress révèle que cette capacité réduit l’hypervigilance et apaise les symptômes du trauma. Le Yin Yoga se prête particulièrement bien à ça si il est accompagnée par des mots pour revenir encore et encore au corps.
Le mouvement doux :
Les mouvements lents (marche, yoga, tai chi) encouragent un relâchement profond et favorisent un apaisement durable contrairement aux exercices intenses.
Se libérer ou apprendre à vivre avec ?
Le corps n’oublie rien, de Bessel van der Kolk, met en lumière une vérité essentielle. Certaines traces de trauma peuvent rester mais cela ne signifie pas que nous sommes condamnés à en souffrir. En conséquence, il s’agirait alors non pas de chercher à effacer ces marques mais de créer un espace de sécurité où elles n’ont plus autant d’impact sur notre quotidien.
Il est crucial, pour cette raison, de se concentrer sur le « ici et maintenant » :
- on peut le faire en cultivant des routines apaisantes.
- les relations saines et nourrissantes sont à privilégier
- Il est intéressant d’apprendre à calmer le système nerveux par l’hypostimulation. Nous pouvons pour cela réduire volontairement les stimuli pour offrir un espace de repos. L’hypostimulation est un outil parmi d’autres que je trouve très intéressant. Elle est efficace pour calmer le système nerveux, mais ne remplace pas un travail plus global ni une approche thérapeutique intégrative pour soutenir nos réponses et vécu lors de stimuli par la suite.
Pourquoi fouiller le passé peut parfois piéger
Revisiter les origines d’un trauma peut être libérateur, mais cela peut aussi devenir une boucle sans fin. Le risque peut être d’être dans la fuite sans le réaliser mais aussi de rester enfermé dans un cycle de questionnements et de souffrance. A cela on peut ajouter de nouveaux traumas et donc faire détours et là on est dans le conte du lièvre et de la tortue.
En nous concentrant sur notre sécurité et notre bien-être actuels, nous créons un terrain propice pour avancer sans chercher à constamment remuer et trouver d’autres raisons à ce qui nous arrive ou nous est arrivé.

Yin yoga : l’art de la présence et du ressenti
Dans mes cours de yin yoga, nous explorons cette idée de rencontre avec les sensations du corps. Chaque posture devient une opportunité de ressentir, d’accueillir ce qui est là et parfois elle permet à la douleur de se dissiper.
Le yin yoga agit sur plusieurs niveaux :
- Physique : Les postures tenues relâchent les fascias, où s’accumulent souvent tensions et émotions.
- Émotionnel : La lenteur et le calme invitent à accueillir les émotions, ainsi, certaines postures peuvent accompagner des libérations émotionnelles par exemple celles qui ouvrent la poitrine, détendent les épaules ou encore ouvrent les hanches
- Neurologique : La respiration et l’immobilité activent le système parasympathique, ce qui favorise une régénération profonde.

Le yin yoga, c’est ok avec un trauma?
Le Yin yoga peut être challengeant si vous avez vécu un trauma car il peut amener du stress et une activation du système nerveux.
Cela se vit par des systèmes de protection inconscients de type « fuite » qui se mettent en place tels que l’impatience, un téléphone à faire, il faut soudain changer de musique, prendre un billet d’avion..). Le mental s’active. Le challenge est intense du fait de rester immobile dans une posture avec un mental qui s’affole pour fuir en vous proposant des sorties de secours. Ce mécanisme est présent pour chercher à échapper à des sensations ou une expérience considérés comme « insécure ».
Si vous faites partie des personnes qui pourraient ressentir une activation nerveuse pendant la pratique, il est essentiel d’en parler avec votre professeur. Assurez-vous qu’il ou elle propose un accompagnement adapté et propose des alternatives pour vous permettre de vous sentir en sécurité.
J’aime dans mes cours mettre en place des balises de sécurité et ne pas faire de fausses promesses. Les cours en ligne permettent aux participantes d’être dans un lieu choisi et sécure.
Le fait de pouvoir éteindre sa caméra et ne pas avoir à discuter ou rentrer ensuite le soir après un cours est un grand bénéfice pour certaines personnes, par exemple celles qui ne pourraient pas participer à un cours pour de multiples raisons. Et même sans trauma, on retire plus de bénéfice de cette pratique quand on peut aller se faire une tisane que quand on se retrouve dans une station de métro à 22 heures?
Si vous souhaitez essayer le yin yoga avec moi je serais heureuse de vous accompagner : voir les propositions de cours.
Libération? Illusion?
Le trauma, bien qu’il laisse des marques, ne nous définit pas. Ce qui nous définit c’est notre capacité à être présent, à ralentir. Il est capital de construire notre sécurité extérieure en nous offrant un environnement apaisé et soutenant.
La seule certitude c’est que reconstruire la sécurité prend du temps et que parfois les solutions rapides prolongent le processus. On se rappelle nos protections à respecter avec douceur et tolérance, comme on le ferait pour un ami cher. Et si, au lieu de chercher ces solutions rapides, nous pouvions accueillir chaque étape avec patience et curiosité. Le véritable apaisement ainsi qu’une forme de libération des traumas réside certainement dans ce processus lent.
Je suis curieuse de vos ressentis et pensées sur le sujet. N’hésitez pas à partager ici les pratiques qui vous aident à vous reconnecter à votre corps et retrouver la sécurité ?
Avec douceur,
Peggy



